André Gregoire

« Je veux rentrer chez moi. »


Qu’est-ce qu’ils essaient vraiment de nous dire?

Quand la mémoire change, les mots peuvent acquérir des significations qui ne sont pas toujours claires. Dire qu'on veut « rentrer chez soi » ne veut pas forcément dire qu'on aspire à retrouver un foyer. Poser des questions sur un parent ne signifie pas toujours qu'on attend une réponse précise. Avoir envie d'aller travailler peut parfois être moins lié à la tâche elle-même qu'à un besoin profond de se sentir utile. 


Pour les familles, ces instants peuvent être un vrai casse-tête, pleins d’émotions et parfois même déstabilisants. Cependant, en apprenant à écouter
au-delà des simples mots, on peut commencer à saisir ce que nos proches désirent vraiment : des repères, du réconfort, un sentiment d’être utile, une connexion avec autrui et surtout, ce besoin fondamental de se sentir en sécurité. 


« Je veux rentrer chez moi. »


Parfois, « chez soi » signifie bien plus qu'une simple adresse. Pour une personne qui souffre de pertes de mémoire, la maison peut incarner un véritable havre de sécurité et de sentiment d'appartenance ou même évoquer une époque lointaine de sa vie. 


Au lieu de se focaliser uniquement sur la destination que la personne souhaite atteindre, il peut être bénéfique d'explorer l'émotion qui se cache derrière cette envie. 


Peut-être essaie-t-elle simplement de nous faire comprendre : Je veux retrouver quelque chose de familier. Je veux me sentir en sécurité. 


« Où est ma mère? »


Cette question peut être délicate à aborder, surtout quand on pense à un parent qui nous a quittés depuis longtemps. 


Mais la mémoire n'est pas toujours linéaire. À ce moment-là, une personne peut revivre une période de sa vie comme si elle se déroulait sous ses yeux. 


Parfois, demander des nouvelles de sa mère n'est pas tant une question qui attend une réponse. C'est plutôt une quête de ce que cette personne représentait autrefois : le réconfort, la protection et une présence profondément ancrée dans nos cœurs. 


« Il faut que j’aille travailler. »

Imaginez-vous vous réveiller chaque matin pendant 40 ans, avec un lieu où vous devez vous rendre et des gens qui comptent sur vous. Le travail devient alors bien plus qu'un simple emploi, il s'intègre à votre identité. 


Des années plus tard, ce sentiment de responsabilité peut rester profondément ancré en vous. 


Quand quelqu'un dit qu'il doit aller travailler, ce que nous percevons peut être l'expression d'un besoin constant de se sentir utile : On a besoin de moi. J'ai quelque chose d'important à accomplir. 


« Mes enfants vont bientôt rentrer. »

Pour nous, ces enfants sont peut-être aujourd'hui des adultes avec leur propre famille. 


Pourtant, pour un parent qui traverse des changements de mémoire, une autre époque de sa vie peut soudainement sembler à portée de main. Il peut se remémorer le moment où il allait chercher les enfants à l'école, préparait le dîner ou attendait avec impatience qu'ils rentrent à la maison. 


Derrière cette confusion, il y a quelque chose de profondément ancré : l'instinct d'un parent de veiller sur ses enfants. 


« Je ne connais personne ici. »

Même dans un cadre familier, il arrive qu'un moment de désorientation transforme soudainement notre environnement en quelque chose d'étrange. 


Dans ces instants-là, rassurer quelqu'un ne demande pas toujours de longues explications. Parfois, une voix apaisante suffit. Une chanson familière, une activité appréciée, un sourire, ou simplement la présence de quelqu'un qui s'assoit à vos côtés. 


Ces gestes simples peuvent véhiculer un message essentiel, sans même avoir besoin de mots :
Vous êtes en sécurité ici. Vous n'êtes pas seul. 


« Pourquoi je suis ici? »

Pour les familles, cette question peut vraiment être l'une des plus difficiles à affronter. 


On a souvent envie de tout réexpliquer ce qui s'est passé, pourquoi certaines décisions ont été prises, et pourquoi le cadre de vie a changé. 


Mais parfois, les faits ne suffisent pas à apporter le réconfort que la personne recherche à ce moment-là. 


Parfois, la réponse la plus précieuse réside simplement dans notre présence, notre patience, et le fait de lui rappeler qu'elle est entourée et qu'on prend soin d'elle. 


« Je veux revoir ma maison. »

La maison dont on se souvient peut être celle qu’on a quittée récemment, ou celle où l’on a grandi il y a 50 ans. 


C’est peut-être une cuisine embaumée de senteurs familières, un jardin soigné chaque été, ou ces dîners du dimanche passés autour de la table. On peut imaginer des enfants courant dans le couloir. 


Une maison, c’est bien plus qu’un simple bâtiment ; elle peut renfermer toute une vie. 


Alors, quand quelqu’un exprime le désir de la revoir, ce n’est pas seulement pour retrouver un endroit, mais aussi pour revivre toutes les émotions que cet endroit évoque. 


Écouter au-delà des mots

Lorsque la mémoire change, la façon de communiquer change elle aussi.


« Je veux rentrer chez moi » peut vouloir dire :
Je veux me sentir en sécurité.


« Où est ma mère? » peut vouloir dire :
J’ai besoin de réconfort.


« Il faut que j’aille travailler » peut vouloir dire :
Je veux me sentir utile.


« Mes enfants vont bientôt rentrer » peut porter en quelques mots toute
une vie d’amour et de responsabilités.


À la
Maison l’Étincelle, nous savons qu’accompagner une personne souffrant de pertes de mémoire, c’est aussi apprendre à écouter d’une manière différente. C’est découvrir la personne qui se cache derrière les mots. Son histoire, ses habitudes, les gens qui lui tiennent à cœur, ce qui la réconforte et ce qui lui permet de se sentir elle-même.


Cette approche fait partie intégrante de notre quotidien dans nos résidences. Grâce à des routines familières, des activités enrichissantes, une présence attentive et de simples moments de connexion humaine, nos équipes s’efforcent de créer un environnement où chaque résident peut se sentir en sécurité, respecté et véritablement chez lui.


Car lorsque quelqu’un nous dit : « Je veux rentrer chez moi », la réponse la plus importante ne concerne pas toujours un lieu physique.


Parfois, il s’agit plutôt de l’aider à retrouver ce sentiment d’appartenance, là où elle se trouve. 


Maison l’étincelle💫




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21 août 2026
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10 juillet 2026
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